Ovin lait
Le traitement sélectif au tarissement des brebis
Un comptage cellulaire individuel (CCI) permet de réaliser un traitement sélectif plus efficace sur les plans sanitaire et économique. Explications.
Un comptage cellulaire individuel (CCI) permet de réaliser un traitement sélectif plus efficace sur les plans sanitaire et économique. Explications.

Depuis 2012, le plan écoantibio vise à réduire l’utilisation des antibiotiques en élevage et donc diminuer les risques d’antibio-résistances. Chez la brebis laitière, l’efficacité curative des traitements intra-mammaires en cas de mammites est bien démontrée. Mais aujourd’hui, une partie des éleveurs tarnais utilisent des seringues pour maîtriser les comptages de cellules du lait de tank. De manière moins explicite, certains traitent aussi pour assurer le bon déroulement du tarissement d’un point de vue fonctionnel, en particulier pour les brebis «fortes laitières». Pourtant un antibiotique intra-mammaire n’a pas d’action directe sur la diminution ou cessation de la lactation.
Ces traitements préventifs systématiques sont largement remis en question. En effet, de nombreuses études confirment que le recours à un traitement sélectif est pertinent sur le plan sanitaire comme sur le plan économique.
Traiter uniquement certaines brebis après CCI !
L’objectif d’un traitement sélectif est donc de ne traiter qu’une partie des brebis. Le choix de ces brebis ne doit pas se faire par défaut mais bien par un véritable tri.
Il faut au préalable réformer les brebis ayant présenté une mammite clinique, mais également les brebis avec des abcès, des indurations ou un déséquilibre de pis trop prononcé. Après réforme, le tri des animaux à traiter sera fait sur la base d’un comptage cellulaire individuel (CCI). Un CCI permet d’identifier les mammites subcliniques, invisibles pour l’éleveur (cf. encadré sur les cellules somatiques). Avec un CCI, réalisé lors du dernier contrôle laitier ou dans le dernier mois de lactation, on pourra sélectionner, par exemple, les femelles supérieures à 400 000 cellules / ml pour traitement (soit 300 000 cellules dans le nouveau système étalon). Attention cette valeur est indicative ! Le seuil auquel traiter est à définir selon le statut de chaque élevage. Cela dépend notamment des autres CCI faits précédemment dans la campagne (s’il y en a) et du niveau qualité cellulaire que l’éleveur souhaite pour son troupeau.
L’éleveur peut également faire des tests plateaux (CMT) individuels sur son troupeau pour identifier les brebis à problème. Le système est moins précis mais permet d’effectuer un premier ciblage des brebis à traiter.
En parallèle de ce comptage (par CCI ou CMT) et dans un second temps, l’éleveur peut repérer et traiter les brebis fortes productrices lors des dernières traites. Cela permettra de prévenir les infections après tarissement.
Les avantages du traitement sélectif
Le premier avantage immédiat est la réduction importante du coût du traitement. L’économie est non négligeable si, par exemple, on ne traite que 10 à 25 % des brebis au lieu de la totalité du troupeau ! Le chantier de traitement est également réduit en conséquence : moins de temps à passer et moins de pénibilité.
Il faut également prendre conscience qu’il y a très peu de bénéfices à traiter une brebis sans aucune infection et dont la production laitière a déjà chuté. Cibler les brebis permet de diminuer l’usage d’antibiotiques et donc de limiter le développement de bactéries résistantes.
Enfin, on peut observer une diminution de risques de mammites à l’agnelage suivant (mammites qui peuvent être engendrées par un nombre excessif d’injections intra-mammaires en milieu contaminé).
Différents éleveurs tarnais peuvent témoigner. En comparaison avec les pratiques systématiques des années précédentes, la mise en place de cette gestion raisonnée des traitements n’a pas eu de conséquence sur la qualité cellulaire de leur lait.
Les cellules sont majoritairement des globules blancs présents naturellement dans la mamelle. Leur quantité augmente dans le lait en cas de mammites. Un taux de cellules élevé indique une réponse immunitaire à une infection. En cas d’infection de la mamelle, les cellules sont excrétées en nombre.
Les mammites subcliniques sont invisibles mais très fréquentes en élevage ovin. Leur diagnostic se fait par analyse de lait ou bien par test plateau (CMT). Les mammites cliniques sont accompagnées de symptômes : elles sont donc visibles mais peu fréquentes en élevage ovin.
A partir du 1er avril, l’étalon national, utilisé depuis les années 80 pour le comptage des cellules, est remplacé par un étalon international certifié dans tous les laboratoires d’analyse français et pour toutes les filières. Ce nouveau standard se traduit, en moyenne, par une baisse des comptages cellulaires de l’ordre de 20%. Ainsi, à partir d’avril 2021, le nombre de cellules devrait diminuer sans que cela ne reflète aucune amélioration de la santé du troupeau.
(Source « Maitrise du niveau cellulaire» ; CNBL)
Témoignage de Laurent Gasc de l’EARL Costes Auriés
Concrètement, pour l’éleveur, cela consiste à faire des échantillons de lait individuel lors du dernier contrôle. «Je suis en CLO, du coup les jeunes brebis ont déjà été prélevées plusieurs fois pour un CCI dans la campagne. Au dernier contrôle, on prélève toutes les brebis de plus de 2 ans. Cela permet de connaître leur nombre de cellules et de s’adapter en fonction. Les brebis avec le plus de cellules seront écartées du troupeau, c’est-à-dire réformées, ou alors on mettra des seringues de tarissement en intra-mammaire pour baisser le taux cellulaire. Le but est d’avoir le moins de cellules possible pour la campagne à venir.» Et le système marche bien pour l’éleveur : sur un troupeau de 300 brebis, seules 30 brebis ont été traitées l’année dernière ! «Le fait de ne plus mettre de seringues c’est quand même une belle économie. Et le travail est réduit. Avant cette méthode, j’étais au-delà de 600 000 cellules en moyenne sur l’année. Maintenant, je suis descendu à 425 000. On peut voir sur les chiffres que ce n’est pas une technique à risque.»